Dames du DOC

Historique

La belle histoire de RÉALISATRICES ÉQUITABLES

2007

L’étincelle jaillit début 2007. Apprenant le passage au Québec de la cinéaste française Coline Serreau, Isabelle Hayeur et Ève Lamont organisent une rencontre informelle avec des réalisatrices du Québec pour échanger sur leur dur et passionnant métier. Lucette Lupien, qui anime la rencontre, ressort les statistiques du groupe Moitié-Moitié, en activité de 1988 à 1997. On tombe toutes des nues en constatant que la situation des femmes cinéastes ne s’est pas améliorée depuis les 20 dernières années! Alors qu’en 1985, la part de l’enveloppe budgétaire de la SODEC pour les réalisatrices s’élevait à 22 %, cette part descend en chute libre à 8 % en 1995,  et remonte péniblement à 13 % en 2005.

Durant cette première année, Marquise Lepage, Isabelle Hayeur, Vanya Rose et Marie-Pascale Laurencelle pilotent un mémoire au CRTC (Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications du Canada) et un mémoire au Comité permanent de Patrimoine canadien, pour revendiquer la part des femmes au Fonds canadien de télévision et la présence des émissions réalisées par des femmes à Radio-Canada et au Fonds des médias du Canada.

2008

Un petit groupe de femmes se forme autour des fondatrices; le nom RÉALISATRICES ÉQUITABLES est adopté. Elles lancent un cri d’alarme en publiant une lettre dans La Presse et Le Devoir, lettre qui fait bien des remous! La lettre dénonce noir sur blanc la maigre part des fonds reçus par les réalisatrices. Cette période est difficile pour les membres de l’organisation naissante: la lettre est contestée de part et d’autre, et on nous accuse même de mentir sur les chiffres… Car le mythe de l’égalité acquise est bien implanté en 2008, et nous pataugeons encore dans le « backlash » anti-féministe. Nous revenons à la charge en commandant une étude à une scientifique, une PHD, la rockstar de la sociologie au Québec: Francine Descarries, de l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM, qui confirme les données pour l’ensemble des institutions, avec l’aide de la chercheure Marie-Julie Garneau. Intitulée La Place des réalisatrices dans le financement public du cinéma et de la télévision au Québec (2002-2007), cette recherche, suivie et révisée par Sophie Bissonnette, a été rendue publique en mars 2008 lors d’une conférence de presse. L’information est massivement relayée par les médias. Cette étude nous a permis de rallier beaucoup de sceptiques à notre cause.

C’est aussi l’année où nous avons rencontré TOUTES les institutions pour leur présenter notre étude et demander leur collaboration. (Christine St-Pierre, ministre de la Culture du Québec (MCCCF); Thérèse Mailloux, sous-ministre adjointe à la condition féminine du Québec; Tom Perlmutter  et Monique Simard à l’ONF; Valerie Creighton au Fonds canadien de télévision, Ann Champoux, directrice cinéma et télévision à la SODEC; Michel Pradier, directeur du portefeuille d’investissements à Téléfilm Canada; Christiane Pelchat, présidente du Conseil du statut de la femme.)

Donc, toutes les institutions SAUF… Patrimoine Canada. En effet,  la ministre Josée Verner et son successeur James Moore ont refusé de nous rencontrer.

C’est à cette époque aussi que L’ARRQ (L’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec) s’allie à nous, et commence à financer une partie de nos activités. Et bien sûr, plusieurs réalisatrices ont donné beaucoup de temps bénévole pour mettre la main à la pâte de RÉ qui prend de l’expansion!

2009

Nous continuons de présenter notre étude aux plus hautes autorités gouvernementales, ministères et institutions, tant au Québec qu’au fédéral, (sauf, à notre regret, aux ministres successifs de Patrimoine canadien).

Durant tout ce temps, plusieurs d’entre nous ont pris la charge de dossiers plus précis. Isabelle Hayeur  interroge le président de Téléfilm Canada, Michel Roy, lors de la première assemblée publique de Téléfilm Canada. En ce qui concerne la visibilité dans les festivals, Sophie Bissonnette a contribué à un atelier-panel aux Rencontres internationales du documentaire. Sophie Goyette et Lucette Lupien sont intervenues aux Rendez-vous du cinéma québécois. Marquise Lepage travaille avec les comédiennes de l’Union des Artistes pour une soirée le 2 mars 2009. Nous sensibilisons aussi la responsable de la Diversité à Radio-Canada à la situation des réalisatrices, et l’UQAM, à la quasi absence de professeurs femmes à l’école des médias (3 femmes seulement sur 27 profs). Nous réseautons aussi auprès d’organismes comme le Conseil québécois d’intervention pour l’accès des femmes au travail et à l’extérieur du Québec, avec Rina Fraticelli, de Women in View Vancouver.

Isabelle Hayeur et Ève Lamont créent durant cette année le Ciné-club Cinéquitable, et présentent une série de films de femmes, une fois par mois, à la Casa Obscura. L’événement connaît un très grand succès, et provoque même une bagarre générale lors du « Spécial courts métrages », alors que Marc-André Forcier y va de ses questions, avec le tact qu’on lui connaît… La soirée est épique et restera longtemps gravée dans la mémoire de Vanya Rose, Ève Lamont, Isabelle Hayeur et Chloé Leriche… Demandez leur des détails si ça vous intéresse!

2010

Grâce à l’aide financière du Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, nous avons réalisé un programme de promotion appelé Les Réalisatrices se réalisent : une série de conférences de réalisatrices dans les institutions d’enseignement collégial et universitaire, des ateliers de formation pour réalisatrices et un programme de marrainage pour créer une solidarité – une sororité – entre réalisatrices. Des partenaires comme l’INIS et l’ONF nous ont appuyées dans ce projet.

Lucette Lupien et Yanick B. Gélinas continuent à envoyer un bulletin hebdomadaire et alimenter un blog, mettant en valeur la présence des réalisatrices dans les médias, leurs succès et les difficultés qu’elles rencontrent dans la pratique de leur métier.

En 2010, soit environ 2 ans et demi après la création de RÉ, nous pouvons affirmer que l’iniquité que vivent les réalisatrices est maintenant un fait connu et reconnu par tous, même si les solutions ne sont pas encore toutes clairement définies ni consensuelles.

2011

Le 7 mars 2011 nous lançons Encore pionnières, une étude longitudinale sur le parcours des réalisatrices québécoises en long métrage fiction. Cette étude est le résultat d’un travail de longue haleine des sociologues Anna Lupien et Francine Descarries, secondées par Isabelle Hayeur. Le travail de recherche et d’entrevues avec plusieurs cinéastes, l’analyse des données, la rédaction de l’Étude et sa diffusion ont monopolisé la plus grande partie des énergies des membres de RÉ durant cette période.

Lors de sa sortie, l’étude est largement diffusée par les médias. Une impressionnante revue de presse en résulte. L’ampleur de l’attention médiatique oblige les institutions à changer de ton avec RÉ, on nous écoute maintenant avec sérieux. Il semblerait que le message soit maintenant passé: il y a un problème d’iniquité pour les femmes en cinéma, et l’ensemble du milieu des médias se questionne, et demande des changements.

L’année 2011 est presque exclusivement consacrée à recommencer la ronde des rencontres pour présenter cette nouvelle étude dans les institutions qui financent le cinéma.

Nous passons aussi beaucoup de temps à analyser les programmes de subventions de la Sodec et de Téléfilm, et nous demandons que des corrections y soient apportées.

2012

2012 marque le coup d’envoi de l’ambitieux projet de Marquise Lepage: 40 ans de vues rêvées par des femmes, qui célèbre le 40e anniversaire du premier long métrage de fiction indépendant réalisé par une femme au Québec en 1972: La vie rêvée, de Mireille Dansereau.

Marquise travaille d’arrache-pied pour chercher le financement et mettre en place toute une série d’événements: tout d’abord, une rétrospective de l’œuvre de Mireille Dansereau a lieu à la Cinémathèque québécoise durant toute une semaine. Des capsules vidéo sont tournées où Mireille raconte la genèse de chacun de ses films. Lors de la Première, où est présenté La vie rêvée, le public se déplace massivement pour le cocktail dans le hall, et la salle est comble… Nous devons refuser plusieurs personnes à la porte… La soirée est un immense succès bien arrosé!

Nous produisons et réalisons ensuite 8 portraits vidéos de réalisatrices de fiction québécoises: Les dames aux caméras. Ces capsules sont mises en ligne sur notre site, le site de l’ARRQ, et celui de TV5.

Durant cette année, Christine Chevarie réalise une très beau film, en collaboration avec les comédiennes membre du Comité femmes de l’UdA: La comédienne d’Amérique. Le film est largement diffusé durant tout le mois de mars avant les longs métrages au cinéma Beaubien, et voyagera pas la suite dans plusieurs festivals.

Carolle Brabant, qui a pris la direction de Téléfilm Canada, met en place une réforme des programmes de cinéma qui plonge RÉ dans la consternation. Le programme d’aide au cinéma indépendant est aboli, et l’aide au développement sera difficilement accessible. Isabelle Hayeur rassemble une équipe pour analyser les programmes et une délégation de RÉ rencontre Carolle Brabant pour démontrer que ces changements seront très dommageables aux femmes, car elles sont presque toutes financées via le programme (aboli) d’aide au cinéma indépendant. De plus, les réalisatrices se produisent souvent elles-mêmes, et une grande partie d’entre elles ne seront désormais plus éligibles aux programmes de développement.

Malgré ce triste virage à Téléfilm Canada, on sent que RÉ fait vraiment l’unanimité dans le milieu du cinéma en 2012, et que les efforts déployés pour mettre en valeur les réalisatrices sont très appréciés de tous.

En 2012, Isabelle Hayeur prend la présidence de Réalisatrices Équitables en remplacement de Marquise Lepage qui continue de piloter notre projet de livre sur les réalisatrices de fiction.

2013

Le lancement du coffret 20 courts et grand talent a lieu aux Rendez-vous du cinéma québécois en février. Coordonnée par Lisa Sfriso et Nicole Giguère, c’est une compilation de 20 courts métrages de réalisatrices prêtes à passer au long métrage. Contenant 4 DVD le coffret est ensuite distribué gracieusement  à tous les producteurs membres de l’APFTQ, pour leur donner des idées: voici un bassin de réalisatrices talentueuses dans lequel vous pouvez découvrir vos futures golden girls !

En mars, RÉ publie une troisième étude: L’avant et l’arrière de l’écran, qui analyse la représentation des hommes et des femmes dans tous les films québécois sortis en 2012. Cette étude demande un travail monstre, et la sociologue Anna Lupien et Isabelle Hayeur passent leurs vacances de Noël à plancher dessus. Elles travaillent même le 24 décembre alors que la dinde mijote dans le four pour le réveillon… Les résultats de l’étude choquent: les représentations des hommes et des femmes dans les films québécois sont toujours aussi stéréotypées, sauf… quand le film est réalisé par une femme, où on voit un nombre plus équitable de personnages féminins principaux, et surtout moins stéréotypés… Les médias couvrent largement l’étude, et notre revue de presse se fait de plus en plus imposante…

RÉ poursuit son année avec une foule de projets, il est même difficile de croire qu’on est arrivées à faire tout ça…

Un échange est organisé avec le  groupe de réalisatrices mexicaines Mujeres en el cine y la television. Marquise Lepage et Nicole Giguère s’envolent pour Mexico pour présenter une sélection de films réalisés par des québécoises. Sophie Deraspe et Martine Chartrand font également partie de cette petite délégation mise sur pied par RÉ.

En partenariat avec Vidéo Femmes et la Cinémathèque, Nicole Giguère et Helen Doyle coordonnent une Rétrospective de l’œuvre de Cecilia Mangini, la première femme à signer un documentaire en Italie. La dame est âgée de 87 ans, et elle charme le public de la Cinémathèque. Brillante, pleine d’humour et d’intégrité, nous l’adorons! Elle est accompagnée de Jackie Buet et Marina Mazzotti du Festival International de Films de Femmes de Créteil, qui nous invitent à leur prochain festival.

Isabelle Hayeur, Anna Lupien, Sophie Bissonnette donnent plusieurs conférences dans les cours de cinéma des Cégeps et des Universités québécoises, afin de sensibiliser les futurs producteurs-trices et réalisateurs-trices aux défis que les femmes devront relever pour exercer leur métier. Elles en profitent pour prodiguer 10 conseils  aux jeunes réalisatrices.

Bien sûr, les représentations auprès des élus et des institutions continuent. Maka Kotto, le nouveau ministre de la Culture, nous consulte à plusieurs reprises, car nous espérons que l’équité dans la culture sera officiellement décrétée dans le programme du parti québécois. Malheureusement, le parti québécois ne fera pas long feu, et le bel enthousiasme de RÉ et du ministre Kotto ne portera pas ses fruits sur la scène politique…

Nous déposons aussi un Mémoire, rédigé par Isabelle Hayeur, Marquise Lepage et Nicole Giguère, au Groupe de travail sur les enjeux du cinéma québécois, où RÉ est invité à se prononcer en première ronde. Nous serons plus tard extrêmement déçues de constater qu’aucune recommandation concernant les femmes n’a été retenue dans le rapport qui suivra ces consultations.

Durant cette période, notre page Facebook, pilotée depuis quelques années par Catherine Pallascio, est de plus en plus consultée, et devient une référence pour l’actualité des femmes dans les médias.

2014

C’est l’année qui clôt les festivités autour du 40e anniversaire de La vie rêvée, avec la publication par RÉ et les Éditions Somme toute, du très beau livre d’art 40 ans de vues rêvées par des femmes. Nous y avons toutes travaillé d’arrache-pied, particulièrement Marquise Lepage, Nicole Giguère, Isabelle Hayeur, Anna Lupien (qui signe la majorité des textes et les photos). Le lancement fait beaucoup de bruit dans les médias, et attire plus de 400 personnes dans le hall de la Cinémathèque. L’exposition Les filles des vues (la soixantaine de portraits de réalisatrices d’Anna Lupien), est installée à la Cinémathèque et fait un tabac!

Un peu plus tard dans l’année,  Anna Lupien et son expo seront invitées au Festival des films de femmes de Toronto; Anna Lupien représentera aussi RÉ au Festival des films de femmes de St-John’s, où un colloque avec tous les groupes canadiens représentant les femmes dans les médias écriront ensemble des recommandations qui seront déposées auprès des ministres de la Culture fédéraux et provinciaux.

En échange de bons procédés, nous recevons à l’automne la visite de 6 réalisatrices mexicaines. La traduction française de leurs films est assurée par les bénévoles de RÉ, et Nicole Giguère coordonne la présentation des films à la Cinémathèque, à l’Université Concordia et au Festival de cinéma de Québec, en plus de leur faire manger du smoked meat et partager chez elle un potlock fabuleux organisé par les membres de RÉ. Les mexicaines repartent enchantées de leur séjour et désireuses de poursuivre les liens avec nous.

Nos rencontres de représentation continuent auprès de la nouvelle ministre de la Culture Hélène David, de la sous-ministre à la Condition féminine Catherine Ferembach, de Julie Miville-Dechêne  du Conseil du Statut de la Femme, et de la nouvelle présidente de la SODEC: Monique Simard.

Isabelle Hayeur, Sophie Bissonnette et Anna Lupien continuent à donner des conférences dans les Cégeps et les Universités.

Nous offrons aussi une conférence très appréciée à nos membres sur la réalisation de jeux vidéos, donnée par Sabrina Jacques, réalisatrice, et Anne Gibault, productrice. Anne Gibault nous apprend que le Monopoly, le plus célèbre jeu de tous les temps, à été créé par une femme…. mais racheté et mis sur la marché par un homme, qui a empoché tous les profits… Tiens-tiens…

2015

En mars, Nicole Giguère et Isabelle Hayeur (très droguée légalement), montent dans un avion pour la France. Jackie Buet a tenu sa promesse et a mis RÉ à l’honneur au Festival International de films de femmes de Créteil. Nicole et Isabelle présentent 8 films de réalisatrices québécoises. Julie Lambert, dont nous présentons le documentaire Un film de chasse de filles, nous accompagne. Lors du colloque sur le regard féminin (serait-il différent ou pas ?), les panelistes françaises sont divisées. Isabelle donne un résumé de l’étude « L’avant et l’arrière de l’écran » qui conclut : oui, le regard des femmes est statistiquement différent car une plus grande diversité de genres, d’âge, de corps, de casting, etc se comptabilisent dans les films réalisés par des femmes. Profitant de leur séjour à Paris, Nicole et Isabelle retrouvent avec émotion la première alliée de RÉ, Coline Serreau. Elles rencontrent aussi Pascale Cosse de la Délégation du Québec, Bérénice Vincent du groupe militant parisien Deuxième Regard et Amélie Martin du Ministère du Droit des Femmes.

Durant la même période, Pascale Malaterre se rend au Festival de Florac au cœur de la Lozère en France, où elle présente 6 films de réalisatrices québécoises. Elle y donne une conférence sur RÉ qui sera très apprécié, surtout par quelques réalisateurs ténors du Québec, présents aussi à ce festival. Petit train va loin…

Au retour, Isabelle Hayeur participe à l’Étude sur le métier de documentariste, pilotée par Bruno Bouliane, Nathalie Trépanier et Diane Poitras à l’ARRQ. Les chiffres sont moins bons qu’on le croirait pour les femmes en documentaire.

C’est aussi en 2015 que débute le Ciné-club LES DAMES DU DOC, piloté par Christine Chevarie. Le coup d’envoi est donné avec le très beau film Les filles du roy, en présence de la pionnière du cinéma au Québec: Anne Claire Poirier. La soirée est magique. On doit réquisitionner les chaises des bureaux pour arriver à asseoir tout le monde. On sert une soixantaine de grilled-cheese cuits au fer à repasser. Avant la projection, Anne-Claire raconte ses « 3 histoires vraies » (lien), des anecdotes de tournage, qui enchantent le public. À la fin de la soirée, un petit groupe d’étudiants s’assoit autour de la grande dame du cinéma québécois; elle les tiendra en haleine jusqu’à minuit passé! Le ciné-club, qui a lieu chaque mois et qui remplit la salle de l’ARRQ, est un avant-goût du projet sur lequel tout le C.A. de RÉ s’active et qui sortira l’année suivante…

2016

C’est l’année d’une victoire historique : l’ONF annonce la parité dans le choix des projets et dans les budgets de production. Nous sautons de joie et invitons sur le champ Claude Joli-Coeur, le nouveau directeur général au grand courage politique, à boire le champagne avec nous!

Durant cette année, on parle beaucoup de Réalisatrices Équitables. Deux projets importants sont lancés, qui font couler beaucoup d’encre et briller les pixels dans les médias.

D’une part, depuis un an, Isabelle Hayeur et Lucette Lupien ont préparé un projet de Coalition qui réunit les associations de créateurs et créatrices de toutes les disciplines artistiques. Jenny Cartwright est engagée pour coordonner le projet. Elles talonnent inlassablement les groupes représentant les écrivains, les artistes visuels, les créateurs de jeux vidéo, les scénaristes, les compositeurs de musique, etc. pour qu’ils compilent des statistiques sur la présence des femmes dans leur discipline artistique respective. Suite à une journée d’études regroupant les représentantes des associations de créatrices, le rapport sort avec fracas en conférence de presse : il s’agit des premières données québécoises chiffrées qui couvrent tout le champ culturel. Et les chiffres font mal… Sommes-nous surprises? Dans toutes les disciplines, les femmes créatrices sont profondément discriminées, parfois même complètement absentes. Le problème ne se rencontre pas seulement en cinéma! La coalition pour l’égalité H/F est créée. Elle prendra l’année suivante le nom de « Femmes en création ».

D’autre part, nous lançons à la Cinémathèque québécoise notre portail Internet LES DAMES DU DOC, un travail commun colossal. Catherine Pallascio, Isabelle Hayeur et Julie Belpaire de Gris-gris Design y consacrent beaucoup d’énergie. Le portail impressionnant comprend les fiches complètes de 130 réalisatrices de documentaire compilées par Sylvie Rosenthal, des liens pour visionner tous leurs films disponibles, et plusieurs entrevues-vidéos réalisées par Sophie Bissonnette, Nicole Giguère et Christine Chevarie.

2016 est aussi une année très intense de représentations politiques, devenues encore plus percutantes avec l’ajout des statistiques de la « Coalition » sur la présence des femmes dans les autres disciplines culturelles. Isabelle Hayeur, Nicole Giguère et Marie-Hélène Panisset feront en tout 13 rencontres avec les institutions en plus de déposer des mémoires au Ministère de la culture ainsi qu’au Secrétariat à la condition féminine du Québec. Isabelle et Anna Lupien continueront en parallèle à donner des conférences dans les universités et les cégeps pour encourager les jeunes femmes à poursuivre dans le métier.

Quand nous avions appris quelques années auparavant que la parité avait carrément été mise en place à l’Institut du film suédois par une visionnaire nommée Anna Serner, nous avions largement diffusé l’information aux directrices de nos grandes institutions. C’est donc en 2016 que Carolle Brabant de Téléfilm Canada et Monique Simard de la SODEC conjuguent leurs efforts pour organiser la venue de Madame Serner au Québec. Nous filmons la conférence, « Ce que nous faisons pour l’égalité entre les sexes », et Naomie Décarie-Daigneault la traduit et la met en ligne pour la diffuser largement. Le plan d’action de Madame Serner servira dorénavant de base à nos demandes.

Devant le peu de résultats obtenus à ce jour, un vent de révolte est palpable dans les groupes de femmes qui défendent la place des créatrices au Canada et qui souhaitent une représentation plus égale et diversifiée des personnages féminins à l’écran. Durant le TIFF (Toronto International Film Festival), Téléfilm Canada est très critiqué. Carolle Brabant met alors sur pied un groupe de travail qui rassemble les grands syndicats de l’audiovisuel et les groupes canadiens de défense des femmes dans les médias. RÉ en fait partie via Isabelle Hayeur et Marie-Hélène Panisset. La première rencontre du groupe s’avère très houleuse, car RÉ et les autres groupes de femmes souhaitent pour le Canada une parité aussi claire et sans ambiguïté que celle instaurée en Suède.

2017

C’est l’année des victoires! Suite à la 2e rencontre du groupe de travail à Téléfilm Canada dont RÉ fait partie, Carolle Brabant annonce officiellement un objectif de parité dans l’octroi des projets à Téléfilm Canada. Une photo historique est prise. Nous hurlons encore de joie, et nous invitons Carolle Brabant, la première femme à avoir dirigé Téléfilm Canada, à boire le champagne avec nous pour célébrer son courage politique.

Peu de temps après, c’est au tour de Monique Simard d’annoncer des mesures pour aider les femmes à recevoir leur juste part de financement à la SODEC. Ces mesures sont plus discrètes et moins claires. Les membres de RÉ sont perplexes. Ces mesures permettront-elles d’arriver à la parité pour les réalisatrices? Seul l’avenir le dira…

Cette année-là, RÉ participe à un autre groupe de travail, cette fois-ci à l’ONF, via Isabelle Hayeur et Catherine Pallascio. L’ONF étend en effet ses mesures de parité aux artisanes qui œuvrent dans les médias, soit les scénaristes, les directrices photos, les monteuses et les compositrices de musique. Encore une victoire!

À l’automne, RÉ reçoit le prix « Engagement » de l’Observatoire du cinéma québécois, à l’Université de Montréal. « Pour souligner la contribution exceptionnelle que l’organisme à but non lucratif a apportée, par sa passion et son dévouement, au milieu du cinéma». Olivier Asselin, qui nous décerne le prix, nous fait monter les larmes aux yeux avec un texte magnifique sur notre groupe.

Sur le blogue Toronto Film Review, Marcel Jean, directeur de la Cinémathèque québécoise, publie ses « 100 meilleurs films canadiens ». Ça nous fait l’effet d’une douche froide : très peu de femmes s’y retrouvent. Nous écrivons une lettre qui est bien mal reçue… sur le coup. Mais cette petite altercation marquera le début d’une collaboration très agréable avec Marcel dans les années qui viendront. Comme quoi exprimer une juste insatisfaction, c’est souvent positif. Et pour répliquer, en collaboration avec Films Fatales, RÉ élabore ensuite sa liste de « 100 meilleurs films canadiens réalisés par des femmes ». Cette liste est publiée sur le blogue Toronto Film Review.

Le Ciné-club se poursuit sous l’aile de Christine Chevarie, nous collaborons pour la première fois avec Cinéma Politica Concordia en coprésentant un film sur les réalisatrices à travers le monde.

Pour la deuxième année, nous poursuivons notre partenariat avec la Course des Régions, en offrant un prix à l’une des réalisatrices participantes. Au nom de RÉ, Nicole Giguère se rend à Sherbrooke le soir du gala pour remettre le Prix Vision à la gagnante Anne Laguë, qui remporte dix heures de mentorat avec une réalisatrice chevronnée. Téléfilm Canada ajoute une bourse de 2 500 $ à notre prix.

2017 est aussi une année de préparation pour nos prochains projets : la célébration de notre 10e anniversaire et le lancement du nouveau portail Internet DAMES DES VUES. De nouvelles venues dans le C.A., les jeunes et dynamiques Naomie Décarie-Daigneault, Anik Salas et Geneviève Thibert, nous donnent l’énergie de continuer.

Car malgré les objectifs de parité annoncés, il reste encore beaucoup à faire, et RÉ ne baisse pas les bras!

2018

Une année de feu, qui commence avec des répétitions de ballet jazz et de chant disco : une vingtaine de réalisatrices allumées de 25 à 72 ans ont accepté d’interpréter une adaptation de Dancing Queen, rebaptisé pour l’occasion Filming Queen qui ouvrira l’anniversaire des 10 ans de RÉ. La chorégraphe Hélène Langevin et la danseuse Audrey Bergeron nous concoctent une gestuelle délirante, tandis que Victoria Doyon tente de nous enseigner les rudiments du chant. Nous répétons inlassablement, bravant les tempêtes de neige.

Parallèlement, Nicole Giguère et Isabelle Hayeur coordonnent la production d’un documentaire sur la belle histoire de Réalisatrices Équitables que réalisera Émilie Baillargeon. On fouille dans les archives, on retrouve des photos, des vidéos et des articles de journaux.

C’est le 22 février qu’a lieu notre anniversaire que Marie-Hélène Panisset baptise « 10 ans… et toutes nos dents! » pour rappeler les bons coups de mâchoire dont RÉ est capable. Toute une soirée de festivités nous est consacrée aux Rendez-vous Québec Cinéma.

On ouvre avec une table ronde organisée par Marie-Hélène Panisset et intitulée « La parité, la suite? ». Sur le panel : Carolle Brabant de Téléfilm Canada, Johanne Larue de la SODEC, Francine Descarries, notre fidèle rock star de la sociologie féministe, Chantal Pagé de Distribution 4/3, la cinéaste Sophie Deraspe, et notre présidente Isabelle Hayeur qui représente RÉ. Quelque 275 personnes se sont déplacées tant la brochette d’invitées impressionne, et aussi parce que les mesures de parité de Téléfilm et de la SODEC suscitent bien des interrogations. Isabelle ouvre la discussion avec les statistiques sur le nombre de réalisatrices avant et après les mesures préliminaires de parité : oui, ces mesures sont un vent de changement qui déploie les ailes des réalisatrices. Francine Descarries poursuit avec un exposé sur les stéréotypes inconscients. Son franc-parler, sa présence royale, son intelligence et son argumentaire sidèrent, c’est sans appel. Le public participe à ce panel avec passion. Les interventions de Segolène Roederer, de Marquise Lepage et de Marie-Hélène Panisset alimentent le débat. Filmée par Pascal Gélinas, vous pouvez visionner ce panel en ligne sur notre site : « Table ronde « La parité, la suite? ».

Puis, le film « 10 ans... et toutes nos dents! » est présenté au public. Malgré un budget minuscule, Émilie Baillargeon réussit un document très original, et Jessica Barker, du comité femmes de l’UDA, a offert sa voix pour la narration. Alors que les spectateurs sont concentrés sur le film, nous, les Filming Queen, nous nous préparons dans la fébrilité. La créatrice de costumes bien connue Sophie Lefèbvre nous a ouvert sa garde-robe disco : strass, paillettes, pattes d’éléphants et polyester fluo sont enfilés en vitesse.

Le groupe de percussionnistes Baturica entre en scène. Leurs cris de joie « Parité! » résonnent dans toute la Cinémathèque. Pendant ce temps, dans les coulisses, on est en feu. On trépigne comme des ados. Les premiers accords de « Filming Queen se font entendre : décharge d’adrénaline, on entre en scène comme un troupeau de zèbres psychédéliques. Cliquez ici pour voir la captation de Pascal Gélinas.

Après cette prestation mémorable, on dansera toute la soirée. Vous avez dit party? Cliquez ici pour voir notre album photo!

On n’a pas vraiment le temps de s’asseoir sur nos lauriers de 10 ans. Durant l’été, on organise, en partenariat avec la Cinémathèque et Marcel Jean, un Programme spécial : Femmes-Femmes - 100 films de femmes. Des membres de notre C.A., Isabelle Hayeur, Anik Salas et Sylvie Van Brabant, présentent plusieurs soirées.

Anik Salas entame un cycle de travail avec le CRTC et on poursuit la production du portail Internet DAMES DES VUES. Toutes les forces vives de RÉ s’y attèlent. Le tournage des capsules vidéos sur des réalisatrices débutent, le répertoire des réalisatrices québécoises se remplit, tout comme le Cinéma en ligne. Notre portail Internet est lancé à la Cinémathèque québécoise le 19 septembre. Les réalisatrices québécoises sont fières de cette vitrine de 227 femmes de cinéma, ce qui en bouchera un coin à quiconque qui osera encore demander : y a-t-il vraiment des femmes qui font des films?

Le Ciné-club continue ses présentations à chaque mois, en collaboration avec l’ARRQ, notre fidèle partenaire. Nous débutons une association avec Cinéma sous les étoiles, pour coprésenter le film Ce silence qui tue de Kim Obomsawin dans un parc de Montréal. Et RÉ remet le Prix Vision à la gagnante de la Course des Régions, Josiane Blanc. À notre demande, Anne Émond accepte d’offrir 10 heures de mentorat à la jeune réalisatrice.

L’année se termine en beauté avec la présence de RÉ dans plusieurs événements : un colloque à l’UQÀM « Être femme dans les médias audiovisuels au Québec », le Festival Filministes, et Vues d’Afrique grâce à Érica Pomerance. Les Conférences dans les écoles se poursuivent, Anik Salas prend la relève pour quelques-unes d’entre elles.

2019

C’est l’année des grandes transitions. Nous poursuivons nos activités habituelles : lettres dans les médias, représentations, conférences dans les institutions d’enseignement du cinéma, etc. Le répertoire DAMES DES VUES s’enrichit de nouvelles réalisatrices. Catherine Pallascio continue de tenir à jour et de développer notre site web, en collaboration avec Gris-Gris design graphique.

Notre Ciné-club et la production des capsules « 3 Histoires vraies » se poursuivent pour une 4e année. Chapeau à Christine Chevarie, à Nicole Giguère et à Anna Lupien du comité de programmation, ainsi qu’à toutes les bénévoles de notre séance mensuelle depuis 2015!

Isabelle, Anik et Nicole se rendent à Ottawa pour une rencontre avec Patrimoine Canada. L’étude des RÉ, « L’avant et l’arrière de l’écran », a été citée en exemple et il a été suggéré de l’étendre à la réalité pancanadienne.

Plusieurs partenariats continuent, notamment avec le Festival Filministes, Cinema Politica, la Cinémathèque québécoise, et la Course des Régions où nous remettons le Prix Vision 2019 à Chrystelle Quintin. La jeune réalisatrice choisit Chloé Robichaud comme mentore. Cette dernière accepte notre demande.

De nouvelles collaborations débutent. Avec le groupe féministe Réseau des femmes en environnement, nous organisons une conférence sur la santé des femmes. Nous nous associons avec Tënk, la nouvelle plateforme numérique pour le documentaire, grâce à Naomie Décarie-Daigneault. Notre ciné-club s’associe au Festival du Nouveau Cinéma pour coprésenter le film The Body Remembers When the World Broke Open de la réalisatrice Kathleen Hepburn.

Pour un deuxième été, nous nous associons à Cinéma sous les étoiles pour présenter deux films dans les parcs de Montréal : Kanehsatake, 270 ans de résistance d’Alanis Obomsawin, et Pauline Julien, intime et politique de Pascale Ferland.

En juin a lieu un lac-à-l’épaule sous les bons auspices de Lucette Lupien, fidèle marraine de RÉ. Isabelle Hayeur annonce qu’elle quitte le C.A. Toutes les jeunes femmes de RÉ se retroussent les manches pour donner un nouveau souffle à l’organisme qui reflètera leurs enjeux particuliers. À notre A.G.A. de juin 2019, nous accueillons de nouvelles recrues : Constance Chaput-Raby, Katherine Jerkovic, Hélène Pichette et Marie-Claude Paradis-Vigneault de Sherbrooke. Cette dernière se donne pour mission de représenter et de rejoindre les réalisatrices des régions. Anik Salas devient présidente, Katherine Jerkovic vice-présidente et Naomie Décarie-Daigneault secrétaire. Nicole Giguère reste sur le C.A. comme trésorière, et assure également la continuité en tant que coordonnatrice.

Nos représentations se poursuivent. Une rencontre a lieu à Téléfilm Canada avec la nouvelle directrice générale, Christa Dickenson, et son adjointe Marie-France Godbout. Anik Salas, Katherine Jerkovic et Isabelle Hayeur (pour aider la transition), discutent des enjeux de distribution.

Anik conclut le cycle de travail avec le comité directeur du CRTC qui intègrera de nouvelles politiques de parité au sein de son organisme et dans des recommandations à sa clientèle. Dans ce dossier, nous sommes en lien avec Women in Film de Vancouver et Women in View de Toronto.

Lors de son gala bénéfice 2019, FCTMN honore les pionnières de RÉ : Lucette Lupien, Ève Lamont, Isabelle Hayeur, Nicole Giguère, Marquise Lepage, Sophie Bissonnette et Anna Lupien. C’est une belle soirée, un hommage émouvant.

Le Comité diversité se développe. Initié depuis quelques années par Sophie Bissonnette, Erica Pomerance et Elza Kephart qui ont mené plusieurs consultations pour mieux comprendre les besoins des réalisatrices issues de la diversité, le groupe prend maintenant son envol et compte plusieurs nouvelles réalisatrices de différentes origines. Katherine Jerkovic représente RÉ lors d’un Panel sur la diversité dans le cadre du Festival du Nouveau Cinéma.

Au cours du FNC, RÉ est également partenaire d’un déjeuner regroupant les techniciennes en cinéma. Hélène Pichette nous représente. Et Anik Salas est invitée à prendre la parole au nom de RÉ lors du cocktail célébrant la signature de la Charte 50/50 par le FNC.

Constance Chaput-Raby s’est attaquée cette année à la grosse tâche que représentent la recherche et la compilation des statistiques provenant des diverses institutions qui financent le cinéma. Ces données nous sont essentielles autant pour nos représentations que nos conférences et entrevues médias.

RÉ est très sollicité par les médias sur la question de la parité. Anik Salas et Katherine Jerkovic nous représentent de manière très articulée et éclairée. Nous sommes fières d’elles !
Notre page Facebook gagne en popularité et notre gestionnaire de communauté Naomie Décarie-Daigneault fait un travail énorme et remarquable.

À l’aube de l’année 2020, nous sentons un nouveau dynamisme dans notre équipe. En plus de chercher les ressources pour poursuivre les actions qui sont toujours à la base de notre mission, plusieurs nouveaux projets sont en préparation….

C’est à suivre!

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