Death of Filmmaker Anne Claire Poirier
Réalisatrices Équitables salue la mémoire d’Anne Claire Poirier, pionnière des pionnières du cinéma des femmes, ouvreuse du chemin pour les réalisatrices d’hier et d’aujourd’hui. Merci Anne Claire pour ton audace, ta détermination, ton legs est immense!
Nous avons eu la chance de la recevoir et de présenter son film Les filles du Roy lors de la première séance de notre Ciné-club Dames des vues en Avril 2015.
À voir ou revoir: ses films sont disponibles sur le site de l’ONF, ainsi que le documentaire Entretien avec Anne Claire Poirier où elle raconte elle-même son parcours, illustré d’extraits de ses films.
Voir aussi la capsule 3 Histoires vraies d’Anne Claire Poirier, filmée lors de son passage au Ciné-club Dames des vues, ainsi que Bonus: d’autres histoires vraies de Anne Claire Poirier.
Nous souhaitons adresser nos profondes sympathies à la famille, aux proches et à toutes les personnes du cinéma qui ont eu la chance de côtoyer la cinéaste Anne Claire Poirier.
Ses oeuvres et son engagement auront profondément marqué le paysage cinématographique québécois.
Annonce officielle de l’Office national du film (ONF)
Communiqué de presse: L’Office national du film du Canada salue la mémoire d’Anne Claire Poirier, pionnière du cinéma d’ici
Hommage à Anne Claire Poirier par l’ONF
« La cinéaste Anne Claire Poirier est décédée
Anne Claire Poirier a été une pionnière du cinéma féministe au Québec.
Les femmes lui doivent beaucoup, les hommes peut-être davantage encore. La cinéaste québécoise Anne Claire Poirier, qui a passé près de 40 ans à l’Office national du film (ONF), est décédée dans son sommeil, dans la nuit de dimanche à lundi à sa résidence d’Outremont, a annoncé son fils Frédéric Cornu. Elle avait 94 ans.
Ma mère était une fonceuse, une grande femme qui est sortie des tranchées et qui a donné aux femmes leur place au cinéma, a affirmé M. Cornu en entrevue avec Radio-Canada.
Pionnière comme femme réalisatrice francophone, Anne Claire Poirier l’était aussi dans son engagement auprès des femmes et de leur condition. Le film Mourir à tue-tête est sans doute son coup de maître.
Née le 6 juin 1932 à Saint-Hyacinthe, celle qui sera tour à tour réalisatrice, scénariste, monteuse, actrice et productrice étudie d’abord le droit et l’art dramatique, avant de mener quelques entrevues à l’émission Carrefour de Radio-Canada.
Lorsque la grève des réalisateurs la pousse à se trouver un nouveau gagne-pain, la cinéaste se tourne vers l’Office national du film (ONF), où elle entre en 1960.
Elle se familiarise avec la pellicule en visionnant toute la production anglophone de l’ONF pour en faire des versions en français.
Il n’y avait pas d’école [de cinéma] à ce moment-là. On apprenait sur le tas. Je suis arrivée à la même époque que Gilles Carle et Arthur Lamothe et je ne voyais pas pourquoi j’allais rester assistante et eux allaient devenir réalisateurs. Une citation de Anne Claire Poirier au micro de la journaliste Martine Lanctôt, en 1991
La petite équipe francophone compte pour cinéastes Claude Jutra, Claude Fournier, Marcel Carrère et Jacques Godbout. Aucune femme. Sauf Anne Claire, qui va même jusqu’à enregistrer des rires et des cris pour les films des collègues, dont un sur la lutte. À force de créer des effets sonores et de monter des images, elle finit par vouloir créer les siennes.
Anne Claire s’affiche rapidement comme une femme qui sait ce qu’elle veut, qui sait dire ce qu’elle veut, affirmer ce qu’elle veut et obtenir ce qu’elle veut, a pour sa part raconté son collègue cinéaste Jacques Godbout dans le documentaire de Nicole Giguère, Entretien avec Anne Claire Poirier, réalisé pour l’ONF, en 2003.
Son premier film, 30 minutes, Mr. Plummer, est un court métrage réalisé en 1963. On y voit un acteur, en l’occurrence Christopher Plummer, dans sa loge au Festival de théâtre de Stratford, en Ontario. Devant son miroir, concentré, l’acteur se glisse dans la peau de Cyrano en collant la prothèse de son nez.
Elle fera ensuite tourner une jeune finissante du Conservatoire, Geneviève Bujold, dans un autre court métrage, La fin des étés. C’était en 1964, cinq ans avant de voir l’actrice dans le film Anne des mille jours au côté de Richard Burton.
Un premier long métrage et un tournant.
En 1968, premier long métrage. De mère en fille s’inspire de sa maternité récente, une expérience transcendante à bien des égards, puisque ce film marque le début du cinéma féministe au Québec.
J’étais one of the boys, et là, je suis devenue one of the girls, disait-elle dans le documentaire de Nicole Giguère.
À la fin des années 1960, la réflexion féministe trouve surtout sa place dans la littérature. Les films féministes sont rares. Anne Claire Poirier s’engage dans un passage solitaire et difficile, mais nécessaire. Les multiples facettes de la vie des femmes prennent forme devant sa caméra.
Avec Jeanne Morazain et Monique Larocque, elle crée le programme En tant que femmes, une série de films sur les femmes réalisés par des femmes, par exemple Mireille Dansereau et Aimée Danis. Anne Claire Poirier en devient la productrice et réalise aussi deux films : Les filles du Roy en 1974, sur l’histoire de la servitude des femmes au Québec, et Le temps de l’avant en 1975, sur l’avortement.
Anne Claire est une personne qui porte aussi beaucoup d’émotions, beaucoup de souffrance. C’est peut-être une de nos cinéastes qui sont allées très très loin dans l’expression de la souffrance et de la douleur humaine.Une citation de Hélène Girard, monteuse et réalisatrice
En 1979, elle signe le long métrage Mourir à tue-tête, dans lequel Julie Vincent incarne une jeune infirmière qui, en rentrant chez elle après son quart de travail, est kidnappée, battue et violée. Aucun spectateur ne sortira indemne de la salle de cinéma.
Lorsqu’on lui demandait si le tournage avait été difficile, la réalisatrice répondait que la préproduction l’avait beaucoup plus affectée. C’est la recherche qui a été épouvantable. […] Plusieurs fois, j’ai regretté d’avoir ouvert cette porte, disait-elle dans le documentaire de Nicole Giguère.
Suivront La Quarantaine en 1982 et Salut Victor en 1989 avec Jacques Godin et Jean-Louis Roux.
Et il y aura aussi Tu as crié Let Me Go en 1997, un film documentaire très personnel sur sa fille héroïnomane assassinée en 1992, un film qui fait office de réflexion sur la toxicomanie.
J’ai fait ce film pour demeurer près de ma fille, la connaître davantage, mais aussi pour que cela arrête, pour qu’on ne continue pas à se taire et à prétendre que c’est leur faute à eux seulement, les toxicomanes, disait-elle à Michel Coulombe pour le magazine Ciné-Bulles, en 1997.
Toujours en 1997, Anne Claire Poirier quitte l’ONF.
Elle a reçu un Oscar d’honneur en 1989, remis collectivement à l’ONF à l’occasion de son 50e anniversaire de création. La cinéaste a été désignée pour accepter cette prestigieuse statuette honorifique de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences aux côtés de son collègue Colin Low et du ministre canadien des Communications de l’époque, Marcel Masse.
Anne Claire Poirier était officière de l’Ordre national du Québec et de l’Ordre du Canada. Lauréate du prix Albert-Tessier en 1988, elle avait reçu le prix du Gouverneur général en 2002 et, la même année, l’Iris Hommage (alors appelé prix Jutra Hommage). »
Sources : Office national du film, Ordre national du Québec, Ciné Bulles, L’Érudit
Publication de la Cinémathèque québécoise
Anne-Claire Poirier (1932 – 2026)
« Anne-Claire Poirier laisse une marque indélébile dans la cinématographie québécoise. Ses débuts à l’ONF témoignent déjà d’un sens exceptionnel de la narration et du rythme. Jour après jour dont elle assure le montage (le film est réalisé par Clément Perron, avec la collaboration du compositeur Maurice Blackburn), est un tour de force. Puis, ses premiers films sont les débuts d’un cinéma féminin et féministe au Québec. Avec détermination, avec courage, elle réalise le documentaire De mère en fille (1967), les fictions Les filles du Roy (1974) et Mourir à tue-tête (1979) sur le viol et ses traumas, dont le dispositif de caméra subjective confronte le spectateur à l’épreuve des victimes. Son dernier film, Tu as crié Let Me Go (1997) interrogeait la filiation et le destin avec force. Autant d’oeuvres marquantes d’un parcours exemplaire et intègre. »
– Guillaume Lafleur, notre directeur de la diffusion, de la programmation et des publications
Pour en découvrir encore plus sur son parcours et ses réalisations vous pouvez consulter en ligne le numéro de Copie Zéro de février 1985 que nous lui avions consacré :
№ 23, Anne Claire Poirier : entretien, témoignages et points de vue
Photo : Anna Lupien, pour l’exposition Avec les filles des vues, présentée à la Cinémathèque en collaboration avec Réalisatrices Équitables (2014) | Collections de la Cinémathéque québécoise
Témoignage
« Je joins ma voix à tous les hommages adressés à Anne Claire Poirier depuis l’annonce de son décès. Pour les réalisatrices de ma génération, Anne Claire fut certainement une inspiration déterminante. Pour nous et pour toutes celles qui ont suivi, elle a ouvert une voie jusque là bien inaccessible dans le cinéma et l’ONF de l’époque.
Dans les premières années de Vidéo Femmes, nous avons souvent diffusé les films de la série En tant que femmes, les premiers long-métrages démontrant que les sujets concernant la condition des femmes pouvaient faire l’objet de “vrais films”.
Plus tard en 2003, j’ai eu l’occasion de côtoyer de plus près Anne Claire et toute son oeuvre en réalisant Entretien avec Anne Claire Poirier, un documentaire où elle raconte elle-même son parcours et où on présente des extraits de tous ses films.
Plus tard encore, avec Réalisatrices Équitables, nous avons eu la chance de recevoir Anne Claire et présenter son film Les filles du Roy lors de la première séance de notre ciné-club en 2016.
Merci Anne Claire pour ta passion, ta vision, ta persévérance. Ton legs est immense. Repose en paix! »
– Nicole Giguère, réalisatrice et membre fondatrice de Réalisatrices Équitables
- Nicole Giguère, page Facebook, Je joins ma voix à tous les hommages adressés à Anne Claire Poirier, 29 septembre 2026.
Annonce du décès de Anne Claire Poirier dans les médias
- La Cinémathèque québécoise, page Facebook, Anne-Claire Poirier (1932 – 2026), 28 septembre 2026.
- Le Devoir, Culture, Cinéma, Décès d’Anne Claire Poirier, cinéaste pionnière, François Lévesques, 28 septembre 2026.
- Radio-Canada, Infos, Arts, Cinéma, Cinéma, La cinéaste Anne Claire Poirier est décédée, 28 septembre 2026.

© photo: Jean-Pierre Joly – ONF
