Réalisatrices Équitabless

LES DAMES DOC en chiffres

 

LA PLACE DES FEMMES DANS LE FINANCEMENT PUBLIC DU DOCUMENTAIRE AU QUÉBEC [2]

tableau-place-femmes-financement-public-documentaire-quebec-2009-2015

C’est une question de volonté publique

par Sophie Bissonnette et Lucette Lupien 

Dans l'écosystème de la production cinématographique et télévisuelle, le documentaire est un milieu fragile. DOC Canada affirme dans son rapport Toute la vérité (2013): Le déclin au sein de la production documentaire canadienne ... est réel. Les emplois disparaissent. Les professionnels quittent le milieu. Les projets ne dépassent jamais le stade de développement – s’ils en arrivent à ce stade! Le financement s’est atrophié et, dans certains cas, a simplement disparu.

En effet, on constate que les budgets de production en documentaire, déjà beaucoup plus modestes qu'en fiction, diminuent d'année en année et les coupures dans la culture et dans les budgets des chaines publiques ont particulièrement touché le documentaire unique qui a vu fondre sa place au petit écran.

Et pourtant l'engouement pour le genre documentaire est bien réel: la relève est très forte et les publics sont au rendez-vous comme en font foi les salles pleines à l'occasion des festivals comme les RIDM, les tournées dans les salles parallèles et la diffusion des documentaires dans les réseaux éducatifs et communautaires.

Malgré l‘importance grandissante des nouvelles plateformes, la télévision demeure, du moins pour le moment, le principal moyen de production et de consommation des documentaires et le déclencheur pour les fonds publics, le Fonds des médias du Canada demeurant le plus important bailleur de fonds pour les documentaires.

Comment les femmes réalisatrices de documentaire tirent-elles leur épingle du jeu dans ce contexte?

Rappelons que l'intérêt des femmes pour les métiers du cinéma et de la télévision ne se dément pas. Les filles représentent entre 43 à 60 % de l'effectif étudiant des principales écoles de cinéma et de télévision au Québec : 48 % des étudiants au programme documentaire de l'INIS; 60% des étudiants admis au baccalauréat en télévision à l'UQAM (2007-2011); 53% des étudiants admis en techniques de production et de postproduction télévisuelles au CEGEP de Jonquière (2003-2012); 43% des étudiants admis au baccalauréat en cinéma à l'UQAM ainsi qu'au baccalauréat à la Mel Hoppenheim School of Cinema de l'université Concordia (2002-2007)[1].

S'il est vrai que les réalisatrices de documentaire obtiennent une meilleure part du financement public que leurs consœurs en fiction, elles sont encore loin d'avoir obtenu la parité, comme le démontre le tableau ci-haut.

Une note encourageante : Depuis 2015, BravoFact qui finance la production de courts métrages fiction et documentaires accorde au moins 50 % de ses fonds à des projets initiés par des femmes, à la réalisation ou à la production, et ce, à perpétuité[3].

Si les blocages auxquels font face les réalisatrices commencent avec l'accès au financement et en particulier celui aux fonds publics, ils se poursuivent avec la diffusion. Un des plus importants festivals de documentaires, le Festival international du film documentaire d'Amsterdam, faisait récemment son mea culpa après avoir publié une étude[4] qui révèle que la sélection de films de femmes au festival entre 2003 et 2013 n’avait jamais dépassé le tiers (33,2 %). Fort de cette prise de conscience, le festival a réussi à augmenter cette proportion à 41 % en 2014.
  
  


[1] Voir les données recueillies par Francine Descarries et Marie-Julie Garneau dans La place des réalisatrices dans le financement public du cinéma et de la télévision au Québec (Réalisatrices équitables, IREF, ARRQ) et Anne-Marie Laurin et Anouk Bélanger dans Les réalisatrices du petit écran (ARRQ, Services aux collectivités de l'UQAM).
[2] Source: Les données du tableau ont été fournies par les institutions elles-mêmes à notre demande. Les données publiées sur les sites du Conseil des Arts du Canada et du Conseil des arts et lettres du Québec ne distinguent pas la fiction du documentaire.
[3] http://www.bravofact.com/about-bravofact/
[4] https://www.idfa.nl/industry/daily/2014/in-depth/the-female-gaze-idfa-statistics.aspx

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