Dames du DOC

Historique

La belle histoire de RÉALISATRICES ÉQUITABLES

2007

L’étincelle jaillit début 2007. Apprenant le passage au Québec de la cinéaste française Coline Serreau, Isabelle Hayeur et Ève Lamont organisent une rencontre informelle avec des réalisatrices du Québec pour échanger sur leur dur et passionnant métier. Lucette Lupien, qui anime la rencontre, ressort les statistiques du groupe Moitié-Moitié, en activité de 1988 à 1997. On tombe toutes des nues en constatant que la situation des femmes cinéastes ne s’est pas améliorée depuis les 20 dernières années! Alors qu’en 1985, la part de l’enveloppe budgétaire de la SODEC pour les réalisatrices s’élevait à 22 %, cette part descend en chute libre à 8 % en 1995, et remonte péniblement à 13 % en 2005.

Durant cette première année, Marquise Lepage, Isabelle Hayeur, Vanya Rose et Marie-Pascale Laurencelle pilotent un MÉMOIRE AU CRTC (Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications du Canada) et un MÉMOIRE AU COMITÉ PERMANENT DE PATRIMOINE CANADIEN, pour revendiquer la part des femmes au Fonds canadien de télévision et la présence des émissions réalisées par des femmes à Radio-Canada et au Fonds des médias du Canada.

2008

Un petit groupe de femmes se forme autour des fondatrices; le nom RÉALISATRICES ÉQUITABLES est adopté. Elles lancent un cri d’alarme en publiant une lettre dans La Presse et Le Devoir, lettre qui fait bien des remous! La lettre dénonce noir sur blanc la maigre part des fonds reçus par les réalisatrices. Cette période est difficile pour les membres de l’organisation naissante: la lettre est contestée de part et d’autre, et on nous accuse même de mentir sur les chiffres… Car le mythe de l’égalité acquise est bien implanté en 2008, et nous pataugeons encore dans le « backlash » anti-féministe. Nous revenons à la charge en commandant une étude à une scientifique, une PHD, la rockstar de la sociologie au Québec: Francine Descarries, de l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM, qui confirme les données pour l’ensemble des institutions, avec l’aide de la chercheure Marie-Julie Garneau. Intitulée La Place des réalisatrices dans le financement public du cinéma et de la télévision au Québec (2002-2007), cette recherche, suivie et révisée par Sophie Bissonnette, a été rendue publique en mars 2008 lors d’une conférence de presse. L’information est massivement relayée par les médias. Cette étude nous a permis de rallier beaucoup de sceptiques à notre cause.

C'est aussi l’année où nous avons rencontré TOUTES les institutions pour leur présenter notre étude et demander leur collaboration. (Christine St-Pierre, ministre de la Culture du Québec (MCCCF); Thérèse Mailloux, sous-ministre adjointe à la condition féminine du Québec; Tom Perlmutter  et Monique Simard à l’ONF; Valerie Creighton au Fonds canadien de télévision, Ann Champoux, directrice cinéma et télévision à la SODEC; Michel Pradier, directeur du portefeuille d’investissements à Téléfilm Canada; Christiane Pelchat, présidente du Conseil du statut de la femme.)

Donc, toutes les institutions SAUF... Patrimoine Canada. En effet,  la ministre Josée Verner et son successeur James Moore ont refusé de nous rencontrer.

C’est à cette époque aussi que L’ARRQ (L’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec) s’allie à nous, et commence à financer une partie de nos activités. Et bien sûr, plusieurs réalisatrices ont donné beaucoup de temps bénévole pour mettre la main à la pâte de RÉ qui prend de l’expansion!

2009

Nous continuons de présenter notre étude aux plus hautes autorités gouvernementales, ministères et institutions, tant au Québec qu’au fédéral, (sauf, à notre regret, aux ministres successifs de Patrimoine canadien).

Durant tout ce temps, plusieurs d’entre nous ont pris la charge de dossiers plus précis. Isabelle Hayeur  interroge le président de Téléfilm Canada, Michel Roy, lors de la première assemblée publique de Téléfilm Canada. En ce qui concerne la visibilité dans les festivals, Sophie Bissonnette a contribué à un atelier-panel aux Rencontres internationales du documentaire. Sophie Goyette et Lucette Lupien sont intervenues aux Rendez-vous du cinéma québécois. Marquise Lepage travaille avec les comédiennes de l’Union des Artistes pour une soirée le 2 mars 2009. Nous sensibilisons aussi la responsable de la Diversité à Radio-Canada à la situation des réalisatrices, et l’UQAM, à la quasi absence de professeurs femmes à l’école des médias (3 femmes seulement sur 27 profs). Nous réseautons aussi auprès d’organismes comme le Conseil québécois d'intervention pour l'accès des femmes au travail et à l’extérieur du Québec, avec Rina Fraticelli, de Women in View Vancouver.

Isabelle Hayeur et Ève Lamont créent durant cette année le Ciné-club Cinéquitable, et présentent une série de films de femmes, une fois par mois, à la Casa Obscura. L’événement connaît un très grand succès, et provoque même une bagarre générale lors du « Spécial courts métrages », alors que Marc-André Forcier y va de ses questions, avec le tact qu’on lui connaît… La soirée est épique et restera longtemps gravée dans la mémoire de Vanya Rose, Ève Lamont, Isabelle Hayeur et Chloé Leriche… Demandez leur des détails si ça vous intéresse!

2010

Grâce à l’aide financière du Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, nous avons réalisé un programme de promotion appelé Les Réalisatrices se réalisent : une série de conférences de réalisatrices dans les institutions d’enseignement collégial et universitaire, des ateliers de formation pour réalisatrices et un programme de marrainage pour créer une solidarité - une sororité - entre réalisatrices. Des partenaires comme l’INIS et l’ONF nous ont appuyées dans ce projet.

Lucette Lupien et Yanick B. Gélinas continuent à envoyer un bulletin hebdomadaire et alimenter un blog, mettant en valeur la présence des réalisatrices dans les médias, leurs succès et les difficultés qu’elles rencontrent dans la pratique de leur métier.

En 2010, soit environ 2 ans et demi après la création de RÉ, nous pouvons affirmer que l’iniquité que vivent les réalisatrices est maintenant un fait connu et reconnu par tous, même si les solutions ne sont pas encore toutes clairement définies ni consensuelles.

2011

Le 7 mars 2011 nous lançons ENCORE PIONNIÈRES, une étude longitudinale sur le parcours des réalisatrices québécoises en long métrage fiction. Cette étude est le résultat d’un travail de longue haleine des sociologues Anna Lupien et Francine Descarries, secondées par Isabelle Hayeur. Le travail de recherche et d’entrevues avec plusieurs cinéastes, l’analyse des données, la rédaction de l’Étude et sa diffusion ont monopolisé la plus grande partie des énergies des membres de RÉ durant cette période.

Lors de sa sortie, l’étude est largement diffusée par les médias. Une impressionnante revue de presse en résulte. L’ampleur de l’attention médiatique oblige les institutions à changer de ton avec RÉ, on nous écoute maintenant avec sérieux. Il semblerait que le message soit maintenant passé: il y a un problème d’iniquité pour les femmes en cinéma, et l’ensemble du milieu des médias se questionne, et demande des changements.

L’année 2011 est presque exclusivement consacrée à recommencer la ronde des rencontres pour présenter cette nouvelle étude dans les institutions qui financent le cinéma.

Nous passons aussi beaucoup de temps à analyser les programmes de subventions de la Sodec et de Téléfilm, et nous demandons que des corrections y soient apportées.

2012

2012 marque le coup d’envoi de l’ambitieux projet de Marquise Lepage: 40 ans de vues rêvées par des femmes, qui célèbre le 40e anniversaire du premier long métrage de fiction indépendant réalisé par une femme au Québec en 1972: La vie rêvée, de Mireille Dansereau.

Marquise travaille d’arrache-pied pour chercher le financement et mettre en place toute une série d’événements: tout d’abord, une rétrospective de l’œuvre de Mireille Dansereau a lieu à la Cinémathèque québécoise durant toute une semaine. Des capsules vidéo sont tournées où Mireille raconte la genèse de chacun de ses films. Lors de la Première, où est présenté La vie rêvée, le public se déplace massivement pour le cocktail dans le hall, et la salle est comble… Nous devons refuser plusieurs personnes à la porte… La soirée est un immense succès bien arrosé!

Nous produisons et réalisons ensuite 8 portraits vidéos de réalisatrices de fiction québécoises: LES DAMES AUX CAMÉRAS. Ces capsules sont mises en ligne sur notre site, le site de l’ARRQ, et celui de TV5.

Durant cette année, Christine Chevarie réalise une très beau film, en collaboration avec les comédiennes membre du Comité femmes de l’UdA: LA COMÉDIENNE D'AMÉRIQUE. Le film est largement diffusé durant tout le mois de mars avant les longs métrages au cinéma Beaubien, et voyagera pas la suite dans plusieurs festivals.

Carolle Brabant, qui a pris la direction de Téléfilm Canada, met en place une réforme des programmes de cinéma qui plonge RÉ dans la consternation. Le programme d’aide au cinéma indépendant est aboli, et l’aide au développement sera difficilement accessible. Isabelle Hayeur rassemble une équipe pour analyser les programmes et une délégation de RÉ rencontre Carolle Brabant pour démontrer que ces changements seront très dommageables aux femmes, car elles sont presque toutes financées via le programme (aboli) d’aide au cinéma indépendant. De plus, les réalisatrices se produisent souvent elles-mêmes, et une grande partie d’entre elles ne seront désormais plus éligibles aux programmes de développement.

Malgré ce triste virage à Téléfilm Canada, on sent que RÉ fait vraiment l’unanimité dans le milieu du cinéma en 2012, et que les efforts déployés pour mettre en valeur les réalisatrices sont très appréciés de tous.

2013

Le lancement du coffret 20 courts et grand talent a lieu aux Rendez-vous du cinéma québécois en février. Coordonnée par Lisa Sfriso et Nicole Giguère, c’est une compilation de 20 courts métrages de réalisatrices prêtes à passer au long métrage. Contenant 4 DVD le coffret est ensuite distribué gracieusement  à tous les producteurs membres de l’APFTQ, pour leur donner des idées: voici un bassin de réalisatrices talentueuses dans lequel vous pouvez découvrir vos futures golden girls !

En mars, RÉ publie une troisième étude: L’AVANT ET L'ARRIÈRE DE L'ÉCRAN, qui analyse la représentation des hommes et des femmes dans tous les films québécois sortis en 2012. Cette étude demande un travail monstre, et la sociologue Anna Lupien et Isabelle Hayeur passent leurs vacances de Noël à plancher dessus. Elles travaillent même le 24 décembre alors que la dinde mijote dans le four pour le réveillon… Les résultats de l’étude choquent: les représentations des hommes et des femmes dans les films québécois sont toujours aussi stéréotypées, sauf… quand le film est réalisé par une femme, où on voit un nombre plus équitable de personnages féminins principaux, et surtout moins stéréotypés… Les médias couvrent largement l’étude, et notre revue de presse se fait de plus en plus imposante…

RÉ poursuit son année avec une foule de projets, il est même difficile de croire qu’on est arrivées à faire tout ça…

Un échange est organisé avec le  groupe de réalisatrices mexicaines Mujeres en el cine y la television. Marquise Lepage et Nicole Giguère s’envolent pour Mexico pour présenter une sélection de films réalisés par des québécoises. Sophie Deraspe et Martine Chartrand font également partie de cette petite délégation mise sur pied par RÉ.

En partenariat avec Vidéo Femmes et la Cinémathèque, Nicole Giguère et Helen Doyle coordonnent une Rétrospective de l’œuvre de Cecilia Mangini, la première femme à signer un documentaire en Italie. La dame est âgée de 87 ans, et elle charme le public de la Cinémathèque. Brillante, pleine d’humour et d’intégrité, nous l’adorons! Elle est accompagnée de Jackie Buet et Marina Mazzotti du Festival International de Films de Femmes de Créteil, qui nous invitent à leur prochain festival.

Isabelle Hayeur, Anna Lupien, Sophie Bissonnette donnent plusieurs conférences dans les cours de cinéma des Cégeps et des Universités québécoises, afin de sensibiliser les futurs producteurs-trices et réalisateurs-trices aux défis que les femmes devront relever pour exercer leur métier. Elles en profitent pour prodiguer 10 conseils  aux jeunes réalisatrices.

Bien sûr, les représentations auprès des élus et des institutions continuent. Maka Kotto, le nouveau ministre de la Culture, nous consulte à plusieurs reprises, car nous espérons que l’équité dans la culture sera officiellement décrétée dans le programme du parti québécois. Malheureusement, le parti québécois ne fera pas long feu, et le bel enthousiasme de RÉ et du ministre Kotto ne portera pas ses fruits sur la scène politique...

Nous déposons aussi un mémoire: LES ENJEUX DU CINÉMA QUÉBÉCOIS: LA DISTRIBUTION?, rédigé par Isabelle Hayeur, Marquise Lepage et Nicole Giguère, au Groupe de travail sur les enjeux du cinema québécois (GTECQ), où RÉ est invité à se prononcer en première ronde. Nous serons plus tard extrêmement déçues de constater qu’aucune recommandation concernant les femmes n’a été retenue dans le rapport qui suivra ces consultations.

Durant cette période, notre PAGE FACEBOOK, pilotée depuis quelques années par Catherine Pallascio, est de plus en plus consultée, et devient une référence pour l’actualité des femmes dans les médias.

2014

C’est l’année qui clôt les festivités autour du 40e anniversaire de La vie rêvée, avec la publication par RÉ et les Éditions Somme toute, du très beau livre d’art 40 ans de vues rêvées par des femmes. Nous y avons toutes travaillé d’arrache-pied, particulièrement Marquise Lepage, Nicole Giguère, Isabelle Hayeur, Anna Lupien (qui signe la majorité des textes et les photos). Le LANCEMENT DU LIVRE fait beaucoup de bruit dans les médias, et attire plus de 400 personnes dans le hall de la Cinémathèque. L’exposition LES FILLES DES VUES (la soixantaine de portraits de réalisatrices d’Anna Lupien), est installée à la Cinémathèque et fait un tabac!

Un peu plus tard dans l’année, Anna Lupien et son expo seront invitées au Festival des films de femmes de Toronto; Anna Lupien représentera aussi RÉ au Festival des films de femmes de St-John’s, où un colloque avec tous les groupes canadiens représentant les femmes dans les médias écriront ensemble des recommandations qui seront déposées auprès des ministres de la Culture fédéraux et provinciaux.

En échange de bons procédés, nous recevons à l’automne la visite de 6 réalisatrices mexicaines. La traduction française de leurs films est assurée par les bénévoles de RÉ, et Nicole Giguère coordonne la présentation des films à la Cinémathèque, à l’Université Concordia et au Festival de cinéma de Québec, en plus de leur faire manger du smoked meat et partager chez elle un potlock fabuleux organisé par les membres de RÉ. Les mexicaines repartent enchantées de leur séjour et désireuses de poursuivre les liens avec nous.

Nos rencontres de représentation continuent auprès de la nouvelle ministre de la Culture Hélène David, de la sous-ministre à la Condition féminine Catherine Ferembach, de Julie Miville-Dechêne  du Conseil du Statut de la Femme, et de la nouvelle présidente de la SODEC: Monique Simard.

Isabelle Hayeur, Sophie Bissonnette et Anna Lupien continuent à donner des conférences dans les Cégeps et les Universités.

Nous offrons aussi une conférence très appréciée à nos membres sur la réalisation de jeux vidéos, donnée par Sabrina Jacques, réalisatrice, et Anne Gibault, productrice. Anne Gibault nous apprend que le Monopoly, le plus célèbre jeu de tous les temps, à été créé par une femme…. mais racheté et mis sur la marché par un homme, qui a empoché tous les profits… Tiens-tiens…

En 2014, Isabelle Hayeur prend la présidence de Réalisatrices Équitables en remplacement de Marquise Lepage.

2015

En mars, Nicole Giguère et Isabelle Hayeur (très droguée légalement), montent dans un avion pour la France. Jackie Buet a tenu sa promesse et a mis RÉ à l’honneur au FESTIVAL INTERNATIONAL DE FILMS DE FEMMES DE CRÉTEIL. Nicole et Isabelle présentent 8 films de réalisatrices québécoises. Julie Lambert, dont nous présentons le documentaire Un film de chasse de filles, nous accompagne. Lors du colloque sur le regard féminin (serait-il différent ou pas ?), les panélistes françaises sont divisées. Isabelle donne un résumé de l’étude L’AVANT ET L'ARRIÈRE DE L'ÉCRAN qui conclut : oui, le regard des femmes est statistiquement différent car une plus grande diversité de genres, d’âge, de corps, de casting, etc se comptabilisent dans les films réalisés par des femmes. Profitant de leur séjour à Paris, Nicole et Isabelle retrouvent avec émotion la première alliée de RÉ, Coline Serreau. Elles rencontrent aussi Pascale Cosse de la Délégation du Québec, Bérénice Vincent du groupe militant parisien DEUXIÈME REGARD et Amélie Martin du Ministère du Droit des Femmes.

Durant la même période, Pascale Malaterre se rend au FESTIVAL DE FLORAC au cœur de la Lozère en France, où elle présente 6 films de réalisatrices québécoises. Elle y donne une conférence sur RÉ qui sera très apprécié, surtout par quelques réalisateurs ténors du Québec, présents aussi à ce festival. Petit train va loin…

Au retour, Isabelle Hayeur participe à l’étude LE MÉTIER DE DOCUMENTARISTE, UNE PRATIQUE DE CRÉATION MENACÉE?, pilotée par Bruno Bouliane, Nathalie Trépanier et Diane Poitras à l’ARRQ. Les chiffres sont moins bons qu’on le croirait pour les femmes en documentaire.

C’est aussi en 2015 que débute le  CINÉ-CLUB LES DAMES DU DOC, piloté par Christine Chevarie. Le coup d’envoi est donné avec le très beau film Les filles du roy, en présence de la pionnière du cinéma au Québec: Anne Claire Poirier. La soirée est magique. On doit réquisitionner les chaises des bureaux pour arriver à asseoir tout le monde. On sert une soixantaine de grilled-cheese cuits au fer à repasser. Avant la projection, Anne-Claire raconte ses 3 HISTOIRES VRAIES, des anecdotes de tournage, qui enchantent le public. À la fin de la soirée, un petit groupe d’étudiants s’assoit autour de la grande dame du cinéma québécois; elle les tiendra en haleine jusqu’à minuit passé! Le ciné-club, qui a lieu chaque mois et qui remplit la salle de l’ARRQ, est un avant-goût du projet sur lequel tout le C.A. de RÉ s’active et qui sortira l’année suivante…

2016

2016 marque une victoire historique : l’ONF annonce la parité dans le choix des projets et dans les budgets de productions. Nous sautons toutes de joie en hurlant et invitons sur le champ Claude Joli-coeur, le nouveau directeur général au grand courage politique, à boire le champagne avec nous !

Durant cette année, RÉ est sur toutes les lèvres. Deux projets importants sont lancés, qui font couler beaucoup d’encre et briller les pixels dans les médias.

D’une part, depuis un an, Isabelle Hayeur et Lucette Lupien ont préparé un projet de Coalition qui réunit les associations de créateurs et créatrices de toutes les disciplines artistiques. Jenny Cartwright est engagée pour coordonner le projet. Elles talonnent inlassablement les groupes représentant les écrivains, les artistes visuels, les créateurs de jeux vidéo, les scénaristes, les compositeurs de musique, etc… pour qu’ils compilent des statistiques sur la présence des femmes dans leur discipline artistique respective. Suite à une Journée d’Études regroupant les représentantes des associations de créatrices, le rapport sort avec fracas en conférence de presse : il s’agit des premières données québécoises chiffrées qui couvrent tout le champ culturel. Et les chiffres font mal… Sommes-nous surprises ? Dans toutes les disciplines, les femmes créatrices sont profondément discriminées, parfois même complètement absentes. Le problème ne se rencontre pas seulement en cinéma ! La coalition pour l’égalité H/F est créée. Elle prendra l’année suivante le nom de FEMMES EN CRÉATION.

D’autre part, nous lançons à la Cinémathèque québécoise notre portail Internet LES DAMES DU DOC, un travail commun colossal. Catherine Pallascio se dévoue corps et âme pour s’assurer, avec Isabelle Hayeur et Julie Belpair de Gris-gris Design, que notre œuvre virtuelle roulera comme sur des roulettes. Le portail est impressionnant. Il comprend les fiches complètes de 130 réalisatrices de documentaire compilées par Sylvie Rosenthal, des liens pour visionner tous leurs films disponibles, et plusieurs entrevues réalisées par Sophie Bissonnette, Nicole Giguère et Christine Chevarie. 

2016 est aussi une année très intenses de représentations politiques, rendues encore plus percutantes avec l’ajout des statistiques de FEMMES EN CRÉATION sur la présence des femmes dans les autres disciplines culturelles. Isabelle Hayeur, Nicole Giguère et Marie-Hélène Panisset se déchaînent et feront en tout 13 rencontres avec les institutions en plus de déposer des mémoires aux 2 Ministères de la culture ainsi qu’au Secrétariat à la condition féminine du Québec. Isabelle et Anna Lupien continueront en parallèle à donner des conférences dans les Universités et les Cégeps, pour encourager les jeunes femmes à poursuivre dans le métier.

Depuis des années, RÉ ne cesse de répéter: « Oui-oui, des mesures de parité c’est possible, ils l’ont fait en Suède ! » Et quand, quelques années auparavant, nous avions appris que la parité avait carrément été mise en place à l’Institut du film suédois par une visionnaire nommée Anna Serner, nous avions largement diffusé l’information, et plutôt deux fois qu’une aux directrices de nos grandes institutions. C’est donc en 2016 que Carolle Brabant de Téléfilm et Monique Simard de la SODEC conjuguent leurs efforts pour organiser la venue de Madame Serner au Québec. Marie-Hélène Panisset et des membres de RÉ filment sa conférence CE QUE NOUS FAISONS POUR L'ÉGALITÉ ENTRE LES SEXES, et Naomie Décarie-Daigneault la traduit et la met en ligne pour la diffuser largement. Le plan d’action de Madame Serner servira dorénavant de base à nos demandes.

Un vent de révolte, pour ne pas dire d’« écoeurantite aigüe », est palpable dans les groupes de femmes qui défendent la place des créatrices au Canada et qui souhaitent une représentation plus égale et diversifiée des personnages féminins à l’écran. Durant le TIFF À Toronto, Téléfilm est très critiqué. Carolle Brabant met alors sur pied un groupe de travail qui rassemble les grands syndicats de l’audio-visuel et les groupes canadiens de défense des femmes dans les médias. RÉ en fait partie via Isabelle Hayeur et Marie-Hélène Panisset. La première rencontre du groupe s’avère très houleuse, car RÉ et les autres groupes de femmes souhaitent pour le Canada une parité aussi claire et sans ambiguïté que celle instaurée en Suède.

2017

 

C’est l’année des victoires. Suite à la 2ème rencontre du groupe de travail à Téléfilm dont RÉ fait partie, Carolle Brabant annonce officiellement un objectif de parité dans l’octroi des projets à Téléfilm Canada. Une photo historique est prise. Nous hurlons encore de joie, toute en cœur, à Réalisatrices Équitables, et nous invitons Carolle Brabant, la première femme à avoir dirigé Téléfilm Canada, à boire le champagne avec nous pour célébrer son grand courage politique.

Peu de temps après, c’est au tour de Monique Simard d’annoncer des mesures pour aider les femmes à recevoir leur juste part de financement à la SODEC. Ces mesures sont plus discrètes et moins claires. Les membres de RÉ sont perplexes. Permettront-elles d’arriver à la parité pour les réalisatrices ? Seul l’avenir le dira…

Cette année là, RÉ participe à un autre groupe de travail, cette fois-ci à l’ONF, via Isabelle Hayeur et Catherine Pallascio. L’ONF étend en effet ses mesures de parité aux artisanes qui œuvrent dans les médias, soit : les scénaristes, les directrices photos, les monteuses et les compositrices de musique. Encore une victoire !

À l’automne, RÉ reçoit le prix Engagement de L'OBSERVATOIRE DU CINÉMA AU QUÉBEC, à l’Université de Montréal. Olivier Asselin, qui nous décerne le prix, nous fait monter les larmes aux yeux avec un texte magnifique sur notre groupe.

2017 est aussi une année de recherche et de préparation pour nos prochains projets : la célébration de notre 10 ème anniversaire, le lancement d’un nouveau portail Internet, et la mise à jour de nos études. De nouvelles venues dans le C.A., les jeunes et dynamiques Naomie Décarie-Daigneault, Anik Salas et Geneviève Thibert nous donnent l’énergie de continuer. Car malgré les objectifs de parité annoncés, il reste encore beaucoup à faire, et RÉ ne baisse pas les bras !

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