Dames du DOC

Historique

La belle histoire de RÉALISATRICES ÉQUITABLES

2007

L’étincelle jaillit début 2007. Apprenant le passage au Québec de la cinéaste française Coline Serreau, Isabelle Hayeur et Ève Lamont organisent une rencontre informelle avec des réalisatrices du Québec pour échanger sur leur dur et passionnant métier. Lucette Lupien, qui anime la rencontre, ressort les statistiques du groupe Moitié-Moitié, en activité de 1988 à 1997. On tombe toutes des nues en constatant que la situation des femmes cinéastes ne s’est pas améliorée depuis les 20 dernières années! Alors qu’en 1985, la part de l’enveloppe budgétaire de la SODEC pour les réalisatrices s’élevait à 22 %, cette part descend en chute libre à 8 % en 1995, et remonte péniblement à 13 % en 2005.

Durant cette première année, Marquise Lepage, Isabelle Hayeur, Vanya Rose et Marie-Pascale Laurencelle pilotent un mémoire au CRTC (Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications du Canada) et un mémoire au Comité permanent de Patrimoine canadien, pour revendiquer la part des femmes au Fonds canadien de télévision et la présence des émissions réalisées par des femmes à Radio-Canada et au Fonds des médias du Canada.

2008

Un petit groupe de femmes se forme autour des fondatrices; le nom RÉALISATRICES ÉQUITABLES est adopté. Elles lancent un cri d’alarme en publiant une lettre dans La Presse et Le Devoir, lettre qui fait bien des remous! La lettre dénonce noir sur blanc la maigre part des fonds reçus par les réalisatrices. Cette période est difficile pour les membres de l’organisation naissante: la lettre est contestée de part et d’autre, et on nous accuse même de mentir sur les chiffres… Car le mythe de l’égalité acquise est bien implanté en 2008, et nous pataugeons encore dans le « backlash » anti-féministe. Nous revenons à la charge en commandant une étude à une scientifique, une PHD, la rockstar de la sociologie au Québec: Francine Descarries, de l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM, qui confirme les données pour l’ensemble des institutions, avec l’aide de la chercheure Marie-Julie Garneau. Intitulée La Place des réalisatrices dans le financement public du cinéma et de la télévision au Québec (2002-2007), cette recherche, suivie et révisée par Sophie Bissonnette, a été rendue publique en mars 2008 lors d’une conférence de presse. L’information est massivement relayée par les médias. Cette étude nous a permis de rallier beaucoup de sceptiques à notre cause.

C'est aussi l’année où nous avons rencontré TOUTES les institutions pour leur présenter notre étude et demander leur collaboration. (Christine St-Pierre, ministre de la Culture du Québec (MCCCF); Thérèse Mailloux, sous-ministre adjointe à la condition féminine du Québec; Tom Perlmutter  et Monique Simard à l’ONF; Valerie Creighton au Fonds canadien de télévision, Ann Champoux, directrice cinéma et télévision à la SODEC; Michel Pradier, directeur du portefeuille d’investissements à Téléfilm Canada; Christiane Pelchat, présidente du Conseil du statut de la femme.)

Donc, toutes les institutions SAUF... Patrimoine Canada. En effet,  la ministre Josée Verner et son successeur James Moore ont refusé de nous rencontrer.

C’est à cette époque aussi que L’ARRQ (L’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec) s’allie à nous, et commence à financer une partie de nos activités. Et bien sûr, plusieurs réalisatrices ont donné beaucoup de temps bénévole pour mettre la main à la pâte de RÉ qui prend de l’expansion!

2009

Nous continuons de présenter notre étude aux plus hautes autorités gouvernementales, ministères et institutions, tant au Québec qu’au fédéral, (sauf, à notre regret, aux ministres successifs de Patrimoine canadien).

Durant tout ce temps, plusieurs d’entre nous ont pris la charge de dossiers plus précis. Isabelle Hayeur  interroge le président de Téléfilm Canada, Michel Roy, lors de la première assemblée publique de Téléfilm Canada. En ce qui concerne la visibilité dans les festivals, Sophie Bissonnette a contribué à un atelier-panel aux Rencontres internationales du documentaire. Sophie Goyette et Lucette Lupien sont intervenues aux Rendez-vous du cinéma québécois. Marquise Lepage travaille avec les comédiennes de l’Union des Artistes pour une soirée le 2 mars 2009. Nous sensibilisons aussi la responsable de la Diversité à Radio-Canada à la situation des réalisatrices, et l’UQAM, à la quasi absence de professeurs femmes à l’école des médias (3 femmes seulement sur 27 profs). Nous réseautons aussi auprès d’organismes comme le Conseil québécois d'intervention pour l'accès des femmes au travail et à l’extérieur du Québec, avec Rina Fraticelli, de Women in View Vancouver.

Isabelle Hayeur et Ève Lamont créent durant cette année le Ciné-club Cinéquitable, et présentent une série de films de femmes, une fois par mois, à la Casa Obscura. L’événement connaît un très grand succès, et provoque même une bagarre générale lors du « Spécial courts métrages », alors que Marc-André Forcier y va de ses questions, avec le tact qu’on lui connaît… La soirée est épique et restera longtemps gravée dans la mémoire de Vanya Rose, Ève Lamont, Isabelle Hayeur et Chloé Leriche… Demandez leur des détails si ça vous intéresse!

2010

Grâce à l’aide financière du Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, nous avons réalisé un programme de promotion appelé Les Réalisatrices se réalisent : une série de conférences de réalisatrices dans les institutions d’enseignement collégial et universitaire, des ateliers de formation pour réalisatrices et un programme de marrainage pour créer une solidarité - une sororité - entre réalisatrices. Des partenaires comme l’INIS et l’ONF nous ont appuyées dans ce projet.

Lucette Lupien et Yanick B. Gélinas continuent à envoyer un bulletin hebdomadaire et alimenter un blog, mettant en valeur la présence des réalisatrices dans les médias, leurs succès et les difficultés qu’elles rencontrent dans la pratique de leur métier.

En 2010, soit environ 2 ans et demi après la création de RÉ, nous pouvons affirmer que l’iniquité que vivent les réalisatrices est maintenant un fait connu et reconnu par tous, même si les solutions ne sont pas encore toutes clairement définies ni consensuelles.

2011

Le 7 mars 2011 nous lançons Encore pionnières, une étude longitudinale sur le parcours des réalisatrices québécoises en long métrage fiction. Cette étude est le résultat d’un travail de longue haleine des sociologues Anna Lupien et Francine Descarries, secondées par Isabelle Hayeur. Le travail de recherche et d’entrevues avec plusieurs cinéastes, l’analyse des données, la rédaction de l’Étude et sa diffusion ont monopolisé la plus grande partie des énergies des membres de RÉ durant cette période.

Lors de sa sortie, l’étude est largement diffusée par les médias. Une impressionnante revue de presse en résulte. L’ampleur de l’attention médiatique oblige les institutions à changer de ton avec RÉ, on nous écoute maintenant avec sérieux. Il semblerait que le message soit maintenant passé: il y a un problème d’iniquité pour les femmes en cinéma, et l’ensemble du milieu des médias se questionne, et demande des changements.

L’année 2011 est presque exclusivement consacrée à recommencer la ronde des rencontres pour présenter cette nouvelle étude dans les institutions qui financent le cinéma.

Nous passons aussi beaucoup de temps à analyser les programmes de subventions de la Sodec et de Téléfilm, et nous demandons que des corrections y soient apportées.

2012

2012 marque le coup d’envoi de l’ambitieux projet de Marquise Lepage: 40 ans de vues rêvées par des femmes, qui célèbre le 40e anniversaire du premier long métrage de fiction indépendant réalisé par une femme au Québec en 1972: La vie rêvée, de Mireille Dansereau.

Marquise travaille d’arrache-pied pour chercher le financement et mettre en place toute une série d’événements: tout d’abord, une rétrospective de l’œuvre de Mireille Dansereau a lieu à la Cinémathèque québécoise durant toute une semaine. Des capsules vidéo sont tournées où Mireille raconte la genèse de chacun de ses films. Lors de la Première, où est présenté La vie rêvée, le public se déplace massivement pour le cocktail dans le hall, et la salle est comble… Nous devons refuser plusieurs personnes à la porte… La soirée est un immense succès bien arrosé!

Nous produisons et réalisons ensuite 8 portraits vidéos de réalisatrices de fiction québécoises: Les dames aux caméras. Ces capsules sont mises en ligne sur notre site, le site de l’ARRQ, et celui de TV5.

Durant cette année, Christine Chevarie réalise une très beau film, en collaboration avec les comédiennes membre du Comité femmes de l’UdA: La comédienne d’Amérique. Le film est largement diffusé durant tout le mois de mars avant les longs métrages au cinéma Beaubien, et voyagera pas la suite dans plusieurs festivals.

Carolle Brabant, qui a pris la direction de Téléfilm Canada, met en place une réforme des programmes de cinéma qui plonge RÉ dans la consternation. Le programme d’aide au cinéma indépendant est aboli, et l’aide au développement sera difficilement accessible. Isabelle Hayeur rassemble une équipe pour analyser les programmes et une délégation de RÉ rencontre Carolle Brabant pour démontrer que ces changements seront très dommageables aux femmes, car elles sont presque toutes financées via le programme (aboli) d’aide au cinéma indépendant. De plus, les réalisatrices se produisent souvent elles-mêmes, et une grande partie d’entre elles ne seront désormais plus éligibles aux programmes de développement.

Malgré ce triste virage à Téléfilm Canada, on sent que RÉ fait vraiment l’unanimité dans le milieu du cinéma en 2012, et que les efforts déployés pour mettre en valeur les réalisatrices sont très appréciés de tous.

En 2012, Isabelle Hayeur prend la présidence de Réalisatrices Équitables en remplacement de Marquise Lepage qui continue de piloter notre projet de livre sur les réalisatrices de fiction.

2013

Le lancement du coffret 20 courts et grand talent a lieu aux Rendez-vous du cinéma québécois en février. Coordonnée par Lisa Sfriso et Nicole Giguère, c’est une compilation de 20 courts métrages de réalisatrices prêtes à passer au long métrage. Contenant 4 DVD le coffret est ensuite distribué gracieusement  à tous les producteurs membres de l’APFTQ, pour leur donner des idées: voici un bassin de réalisatrices talentueuses dans lequel vous pouvez découvrir vos futures golden girls !

En mars, RÉ publie une troisième étude: L’avant et l’arrière de l’écran, qui analyse la représentation des hommes et des femmes dans tous les films québécois sortis en 2012. Cette étude demande un travail monstre, et la sociologue Anna Lupien et Isabelle Hayeur passent leurs vacances de Noël à plancher dessus. Elles travaillent même le 24 décembre alors que la dinde mijote dans le four pour le réveillon… Les résultats de l’étude choquent: les représentations des hommes et des femmes dans les films québécois sont toujours aussi stéréotypées, sauf… quand le film est réalisé par une femme, où on voit un nombre plus équitable de personnages féminins principaux, et surtout moins stéréotypés… Les médias couvrent largement l’étude, et notre revue de presse se fait de plus en plus imposante…

RÉ poursuit son année avec une foule de projets, il est même difficile de croire qu’on est arrivées à faire tout ça…

Un échange est organisé avec le  groupe de réalisatrices mexicaines Mujeres en el cine y la television. Marquise Lepage et Nicole Giguère s’envolent pour Mexico pour présenter une sélection de films réalisés par des québécoises. Sophie Deraspe et Martine Chartrand font également partie de cette petite délégation mise sur pied par RÉ.

En partenariat avec Vidéo Femmes et la Cinémathèque, Nicole Giguère et Helen Doyle coordonnent une Rétrospective de l’œuvre de Cecilia Mangini, la première femme à signer un documentaire en Italie. La dame est âgée de 87 ans, et elle charme le public de la Cinémathèque. Brillante, pleine d’humour et d’intégrité, nous l’adorons! Elle est accompagnée de Jackie Buet et Marina Mazzotti du Festival International de Films de Femmes de Créteil, qui nous invitent à leur prochain festival.

Isabelle Hayeur, Anna Lupien, Sophie Bissonnette donnent plusieurs conférences dans les cours de cinéma des Cégeps et des Universités québécoises, afin de sensibiliser les futurs producteurs-trices et réalisateurs-trices aux défis que les femmes devront relever pour exercer leur métier. Elles en profitent pour prodiguer 10 conseils  aux jeunes réalisatrices.

Bien sûr, les représentations auprès des élus et des institutions continuent. Maka Kotto, le nouveau ministre de la Culture, nous consulte à plusieurs reprises, car nous espérons que l’équité dans la culture sera officiellement décrétée dans le programme du parti québécois. Malheureusement, le parti québécois ne fera pas long feu, et le bel enthousiasme de RÉ et du ministre Kotto ne portera pas ses fruits sur la scène politique...

Nous déposons aussi un mémoire: Les enjeux du cinéma québécois: la distribution?, rédigé par Isabelle Hayeur, Marquise Lepage et Nicole Giguère, au Groupe de travail sur les enjeux du cinema québécois (GTECQ), où RÉ est invité à se prononcer en première ronde. Nous serons plus tard extrêmement déçues de constater qu’aucune recommandation concernant les femmes n’a été retenue dans le rapport qui suivra ces consultations.

Durant cette période, notre page Facebook, pilotée depuis quelques années par Catherine Pallascio, est de plus en plus consultée, et devient une référence pour l’actualité des femmes dans les médias.

2014

C’est l’année qui clôt les festivités autour du 40e anniversaire de La vie rêvée, avec la publication par RÉ et les Éditions Somme toute, du très beau livre d’art 40 ans de vues rêvées par des femmes. Nous y avons toutes travaillé d’arrache-pied, particulièrement Marquise Lepage, Nicole Giguère, Isabelle Hayeur, Anna Lupien (qui signe la majorité des textes et les photos). Le lancement du livre fait beaucoup de bruit dans les médias, et attire plus de 400 personnes dans le hall de la Cinémathèque. L’exposition Les filles des vues (la soixantaine de portraits de réalisatrices d’Anna Lupien), est installée à la Cinémathèque et fait un tabac!

Un peu plus tard dans l’année, Anna Lupien et son expo seront invitées au Festival des films de femmes de Toronto; Anna Lupien représentera aussi RÉ au Festival des films de femmes de St-John’s, où un colloque avec tous les groupes canadiens représentant les femmes dans les médias écriront ensemble des recommandations qui seront déposées auprès des ministres de la Culture fédéraux et provinciaux.

En échange de bons procédés, nous recevons à l’automne la visite de 6 réalisatrices mexicaines. La traduction française de leurs films est assurée par les bénévoles de RÉ, et Nicole Giguère coordonne la présentation des films à la Cinémathèque, à l’Université Concordia et au Festival de cinéma de Québec, en plus de leur faire manger du smoked meat et partager chez elle un potlock fabuleux organisé par les membres de RÉ. Les mexicaines repartent enchantées de leur séjour et désireuses de poursuivre les liens avec nous.

Nos rencontres de représentation continuent auprès de la nouvelle ministre de la Culture Hélène David, de la sous-ministre à la Condition féminine Catherine Ferembach, de Julie Miville-Dechêne  du Conseil du Statut de la Femme, et de la nouvelle présidente de la SODEC: Monique Simard.

Isabelle Hayeur, Sophie Bissonnette et Anna Lupien continuent à donner des conférences dans les Cégeps et les Universités.

Nous offrons aussi une conférence très appréciée à nos membres sur la réalisation de jeux vidéos, donnée par Sabrina Jacques, réalisatrice, et Anne Gibault, productrice. Anne Gibault nous apprend que le Monopoly, le plus célèbre jeu de tous les temps, à été créé par une femme…. mais racheté et mis sur la marché par un homme, qui a empoché tous les profits… Tiens-tiens…

2015

En mars, Nicole Giguère et Isabelle Hayeur (ben stone légalement), montent dans un avion pour la France. En effet, Jacky Buet a tenu sa promesse et elle a mis RÉ à l’honneur au Festival de films de femmes de Créteil. Nicole et Isabelle présentent une programmation de 8 films de réalisatrices québécoises, participent à un colloque et à plusieurs rencontres dans le cadre du Festival. Profitant de leur séjour à Paris,  elles ont plusieurs RV pour créer des liens avec différentes personnalités: Coline Serreau, Pascale Cosse de la Délégation du Québec, Bérénice Vincent de Deuxième Regard, Amélie Martin du Ministère du Droit des Femmes, etc…

Durant la même période, Pascale Malaterre représente RÉ au Festival de Florac en France où 6 films de réalisatrices québécoises sont présentés. Elle y fait un exposé sur RÉ qui est très apprécié.

Au retour, Isabelle Hayeur participe à l’organisation d’une étude sur le métier de documentariste, réalisée par l’UQAM et l’ARRQ, afin de s’assurer que les données reçues vont être comptabilisées selon le sexe. Les chiffres sont moins bons qu’on le croirait pour les femmes en documentaire.

C’est aussi en 2015 que débute le Ciné-club LES DAMES DU DOC, piloté par Christine Chevarie. Le coup d’envoi est donné avec le très beau film Les filles du roy, en présence de la pionnière du cinéma au Québec: Anne Claire Poirier. La soirée est un très grand succès, l’ARRQ où a lieu la projection publique, déborde, on sert une soixantaine de grilled-cheese au fer à repasser, on emprunte les chaises des bureaux pour arriver à asseoir tout le monde. Après la projection, Anne-Claire raconte ses 3 histoires vraies qui enchantent le public. Puis, un petit groupe d’étudiants s’assoit autour d’Anne-Claire; elle les tiendra en haleine jusqu’à minuit passé!

Le ciné-club est un avant-goût du projet qui sortira en 2016: LES DAMES DU DOC, pour valoriser et promouvoir les réalisatrices de documentaires du Québec. Tout le C.A. de RÉ s’y active…  tout en continuant  la lutte pour qu’une juste part de réalisatrices puissent tourner leurs films au Québec, en organisant entre autres une Journée d’étude en culture sur les femmes créatrices de tous les secteurs culturels, et en participant à la refonte du prochain guide d’égalité H/F du Québec. Un mémoire est déposé début 2016. Une lutte à suivre, en espérant qu’elle donnera bientôt des fruits…

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